Formée en 1943 sous le commandement du général Leclerc, la 2e Division Blindée rassemble des soldats de toutes origines et s'illustre en Normandie, à Paris et à Strasbourg avant de terminer la guerre en Allemagne.
Parmi les grandes unités qui ont contribué à la Libération de la France, la 2e Division Blindée occupe une place à part. Formée à partir des vétérans de la France Libre africaine et équipée de matériel américain moderne, elle a porté sous le commandement du général Leclerc l’un des symboles les plus forts de la victoire de 1944 et 1945.
La genèse d’une grande unité blindée française
Après les campagnes africaines menées depuis le Tchad, dont la prise de Koufra en 1941 et la campagne du Fezzan, les forces commandées par Leclerc rejoignent progressivement les autres unités françaises libres en Afrique du Nord. C’est dans ce contexte que se pose la question de la constitution d’une grande unité blindée capable de rivaliser avec les divisions alliées engagées sur le théâtre européen.
Le 24 août 1943, au Maroc, la 2e Division Blindée est officiellement créée sous le commandement du général Leclerc. Elle rassemble des effectifs très divers : anciens de la colonne de Koufra, tirailleurs venus d’Afrique-Équatoriale française, volontaires évadés de métropole ayant traversé l’Espagne au péril de leur vie, et républicains espagnols réfugiés en Afrique du Nord après leur défaite face aux franquistes.
Un équipement américain moderne
Contrairement à de nombreuses unités françaises encore mal équipées à cette période de la guerre, la 2e DB bénéficie d’un armement américain fourni dans le cadre des accords de prêt-bail. Elle dispose notamment de chars Sherman M4, considérés comme des blindés fiables et relativement rapides, de half-tracks pour le transport de l’infanterie motorisée, d’automitrailleuses M8 Greyhound pour la reconnaissance, ainsi que de canons antichars et d’artillerie automotrice.
Cet équipement moderne permet à la 2e DB de rivaliser techniquement avec les divisions blindées alliées et allemandes engagées sur le front européen, alors que de nombreuses unités françaises doivent encore composer avec du matériel obsolète datant d’avant-guerre. L’entraînement intensif reçu au Maroc puis en Angleterre, où la division est transférée début 1944, complète cette préparation avant l’engagement décisif en Normandie.
La Nueve : la compagnie des républicains espagnols
Parmi les unités les plus emblématiques de la 2e DB figure la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, surnommée la Nueve en raison de sa composition très majoritairement espagnole. Ces hommes, anciens combattants républicains ayant fui l’Espagne franquiste, ont trouvé dans les rangs de la France Libre l’opportunité de continuer leur combat contre le fascisme sous une autre bannière.
La Nueve occupe une place particulière dans l’histoire de la 2e DB : elle est la première unité à entrer dans Paris le soir du 24 août 1944, ses véhicules blindés portant fièrement des noms de batailles de la guerre civile espagnole comme Guadalajara ou Teruel. Cette présence espagnole au cœur de la Libération de Paris demeure aujourd’hui l’un des aspects les plus méconnus mais les plus émouvants de cette page d’histoire.
Le débarquement en Normandie et les premiers combats
La 2e Division Blindée débarque sur les plages normandes début août 1944, avec un léger retard par rapport aux premières vagues du débarquement de juin. Elle est rapidement engagée dans les combats visant à refermer la poche de Falaise, où les forces allemandes se trouvent encerclées par les troupes alliées.
C’est lors de la bataille d’Écouché, dans l’Orne, que la 2e DB livre l’un de ses premiers combats significatifs sur le sol français, infligeant des pertes importantes aux unités allemandes en repli. Ces premiers engagements permettent à la division de faire ses preuves aux yeux du haut commandement allié, qui lui confie peu après la mission prestigieuse de marcher sur Paris.
La marche sur Paris et l’entrée dans la capitale
À la fin du mois d’août 1944, alors que la Résistance parisienne s’est soulevée contre l’occupant, le général Eisenhower autorise finalement, sous la pression du général de Gaulle, l’envoi de la 2e DB vers la capitale. Cette décision, initialement contraire aux plans alliés qui prévoyaient de contourner Paris, répond à des considérations à la fois militaires et politiques.
L’entrée de la 2e DB dans Paris, détaillée dans notre dossier sur la Libération de Paris, se déroule en deux temps : une avant-garde commandée par le capitaine Dronne atteint l’Hôtel de Ville dans la soirée du 24 août, suivie par l’entrée massive de la division le lendemain matin. Cette opération aboutit à la reddition du général von Choltitz et à la libération complète de la capitale.
Vers l’Est : Vosges et Strasbourg
Après quelques semaines de repos et de reconstitution en région parisienne, la 2e DB reprend sa progression vers l’est de la France à l’automne 1944. Elle participe aux durs combats des Vosges, un terrain montagneux et boisé particulièrement défavorable aux unités blindées, avant de réaliser la percée décisive qui va lui permettre d’atteindre Strasbourg.
Le 23 novembre 1944, la 2e DB entre dans Strasbourg et achève sa libération en quelques heures, accomplissant ainsi le serment de Koufra prononcé par Leclerc trois ans plus tôt. Cet épisode constitue l’un des points culminants de l’histoire de la division.
La fin de la guerre en Allemagne
Après la libération de l’Alsace, la 2e DB poursuit son avancée vers l’Allemagne au cours du premier semestre 1945. Elle participe à plusieurs opérations dans le sud de l’Allemagne et parvient, en avril 1945, jusqu’au Nid d’Aigle de Berchtesgaden, la résidence de montagne d’Adolf Hitler, un symbole fort marquant la fin du régime nazi.
Cette campagne finale illustre la capacité opérationnelle acquise par la division au fil des mois de combat, ainsi que sa cohésion malgré la diversité de ses origines. Les hommes de la 2e DB, qui avaient parfois commencé leur guerre dans le désert libyen ou sur les champs de bataille espagnols, terminent le conflit au cœur même de l’Allemagne vaincue.
La dissolution et l’héritage de la division
Après la capitulation allemande de mai 1945, la 2e Division Blindée est progressivement dissoute au fil des mois suivants, ses effectifs étant redéployés vers d’autres unités ou démobilisés. Le général Leclerc, quant à lui, est envoyé en Extrême-Orient pour représenter la France lors de la capitulation japonaise, avant de prendre le commandement du corps expéditionnaire en Indochine, une période développée dans notre dossier sur la campagne d’Indochine.
L’héritage de la 2e DB demeure considérable dans la mémoire collective française. Elle incarne, aux côtés des Forces françaises de l’intérieur, la capacité de la France à participer activement à sa propre libération, plutôt que de simplement attendre la victoire des Alliés. Cette dimension symbolique explique pourquoi son parcours continue d’être étudié et commémoré aujourd’hui.
Une mémoire vivante, entretenue par les descendants
De nombreuses associations d’anciens combattants et de descendants de vétérans de la 2e DB continuent, aujourd’hui encore, à perpétuer la mémoire de cette unité. Des chars nommés d’après des villes françaises, comme évoqué dans notre article sur les chars nommés villes de France de la 2e DB, témoignent de l’attachement profond de ces soldats au territoire qu’ils ont contribué à libérer.
Plusieurs Compagnons de la Libération issus des rangs de la 2e DB ont également marqué l’histoire de l’après-guerre, certains poursuivant une carrière militaire, d’autres s’engageant dans la vie politique ou associative pour transmettre leur expérience aux générations suivantes.
La 2e DB, symbole d’une France plurielle en armes
Au-delà de ses exploits militaires, la 2e DB reste un symbole fort de la diversité des origines qui ont contribué à la victoire de 1944-1945. Tirailleurs africains, résistants métropolitains, exilés espagnols et volontaires de toutes conditions se sont retrouvés côte à côte dans les mêmes unités, unis par un objectif commun : la libération de la France et la défaite du nazisme.
L’organisation interne de la division
La 2e DB s’articule autour de plusieurs grands ensembles complémentaires, à l’image des divisions blindées américaines dont elle reprend largement l’organisation. Des régiments de chars, équipés de Sherman M4, assurent la puissance de choc de la division, tandis que des régiments d’infanterie portée, transportés à bord de half-tracks, permettent de tenir le terrain conquis et d’appuyer les blindés dans les zones urbaines ou boisées où leur mobilité se trouve réduite.
À ces éléments de combat s’ajoutent des unités d’artillerie automotrice, capables de fournir un appui-feu rapide et mobile, ainsi que des unités du génie chargées de déminer les axes de progression et de rétablir les ponts détruits par l’ennemi en retraite. Cette organisation complète, rare parmi les forces françaises de l’époque, confère à la 2e DB une autonomie opérationnelle précieuse durant l’ensemble de sa campagne.
L’entraînement en Angleterre avant le débarquement
Avant son engagement en Normandie, la 2e DB passe plusieurs mois en Angleterre, où elle achève sa préparation au combat aux côtés des forces alliées. Cette période d’entraînement intensif permet aux différentes composantes de la division, aux origines et aux expériences de combat très variées, d’apprendre à coordonner leurs actions selon les méthodes de guerre modernes employées par les Alliés occidentaux.
Cette phase de séjour britannique permet également de compléter et d’harmoniser l’équipement de la division, chaque régiment devant se familiariser avec des matériels souvent nouveaux pour une partie des effectifs venus des colonnes sahariennes. Les exercices de coordination entre chars, infanterie portée et artillerie automotrice, menés sur les terrains d’entraînement anglais, préfigurent directement les manœuvres combinées que la division mettra en œuvre quelques semaines plus tard sur le sol normand.
Cette phase de transition, entre les campagnes africaines menées avec des moyens rudimentaires et l’engagement en Europe avec un matériel moderne, constitue une étape décisive dans la transformation de la division en une force blindée pleinement opérationnelle, capable de rivaliser avec les meilleures unités allemandes et alliées du front occidental.
Les liens entre Leclerc et ses officiers
Le commandement de la 2e DB s’appuie sur un cercle d’officiers de confiance, dont plusieurs ont déjà servi aux côtés de Leclerc lors des campagnes africaines. Cette continuité dans l’encadrement, entre les colonnes sahariennes de 1941 et la grande division blindée de 1944, permet de transmettre à l’ensemble de l’unité l’esprit de combativité et de ténacité qui caractérise Leclerc depuis ses débuts dans la France Libre.
Parmi ces officiers figure notamment Alain de Boissieu, qui servit sous les ordres directs de Leclerc et deviendra par la suite le gendre du général de Gaulle, poursuivant une brillante carrière militaire jusqu’au grade de général d’armée. Cette proximité entre le commandant et ses officiers, forgée dans l’adversité des campagnes précédentes, contribue directement à la cohésion remarquable de la division tout au long de son engagement en Europe.
Le poids logistique d’une division blindée en campagne
Faire mouvoir une division blindée de plusieurs milliers d’hommes et de centaines de véhicules à travers l’Europe en guerre représente un défi logistique considérable. Le ravitaillement en carburant, en munitions et en pièces de rechange mobilise une chaîne logistique complexe, dépendante à la fois du soutien américain et de l’organisation propre de la division.
Cette dimension logistique, moins spectaculaire que les combats eux-mêmes, conditionne pourtant directement la capacité de la 2e DB à maintenir le rythme de progression rapide qui la caractérise, de la Normandie jusqu’à l’Alsace puis l’Allemagne. Les services de soutien de la division, souvent oubliés des récits centrés sur les combats de première ligne, jouent ainsi un rôle tout aussi essentiel à la réussite de la campagne.
Les pertes humaines de la division
Comme toute grande unité engagée dans des combats de haute intensité, la 2e DB paie un tribut humain significatif tout au long de sa campagne, de la Normandie jusqu’à l’Allemagne. Les combats d’Écouché, les affrontements urbains de Paris, les durs engagements des Vosges et de Strasbourg, puis la campagne finale en territoire allemand, coûtent à la division plusieurs milliers de tués, blessés et disparus.
Ce tribut humain payé par la 2e DB rejoint celui d’autres grandes unités françaises dont l’histoire est aujourd’hui documentée par des institutions de mémoire régionales, comme la citadelle de Belfort pour les sièges de 1870 et de 1914-1918.
Ce bilan humain, documenté avec précision dans les archives militaires et les travaux historiques consacrés à la division, rappelle que la légende de la 2e DB, aussi glorieuse soit-elle, s’est construite au prix de sacrifices considérables consentis par des hommes venus de tous les horizons de la France Libre et de son Empire colonial.
Cette dimension plurielle de la 2e Division Blindée, souvent moins mise en avant que la seule figure de Leclerc, mérite d’être pleinement reconnue dans la mémoire nationale, tant elle illustre la richesse et la complexité de l’engagement pour la liberté durant la Seconde Guerre mondiale.