Marc Delvaux, généalogiste militaire spécialisé dans les archives de la France Libre, explique dans cet entretien les démarches concrètes pour retrouver la trace d'un ancêtre ayant servi dans la 2e Division Blindée du général Leclerc.
Dans le cadre feutré de son cabinet parisien, entouré de registres massifs et de cartes d’état-major entoilées qui semblent encore porter la poussière des routes de Normandie, Marc Delvaux nous reçoit avec la précision chirurgicale qui caractérise ses dix-huit années de carrière. Généalogiste militaire de renom, il s’est forgé une expertise inégalée sur les parcours individuels des hommes de la France Libre, ces “combattants de l’aube” qui ont rallié le général de Gaulle dès juin 1940 ou rejoint l’épopée en marche lors des campagnes d’Afrique. Aujourd’hui, il nous guide à travers le dédale administratif, sémantique et historique pour retrouver la trace d’un aïeul ayant servi sous les ordres du général Leclerc. Entre archives poussiéreuses de Vincennes et bases de données numériques en pleine expansion, cet entretien lève le voile sur une quête d’identité et de mémoire, où chaque document exhumé raconte une part de la grande Histoire, celle d’une France qui n’a jamais abdiqué face à l’oppression.
Camille Vasseur : Marc Delvaux, bonjour. Pour une famille qui souhaite aujourd’hui, parfois quatre-vingts ans après les faits, retracer le parcours d’un ancêtre dans la célèbre 2e DB, quelle est la toute première étape concrète à franchir avant même de solliciter les institutions officielles ou de se déplacer dans les centres d’archives ?
Marc Delvaux : Bonjour Camille. C’est une question fondamentale car beaucoup de chercheurs amateurs se précipitent vers l’administration sans avoir fait l’inventaire de leur propre héritage. Concrètement, la recherche commence toujours au fond d’un tiroir, d’une boîte à biscuits en fer-blanc ou d’un vieux buffet familial. Avant de se lancer dans les archives publiques, il est impératif de rassembler ce que j’appelle les “indices domestiques”. Dans les faits, cela signifie exhumer le livret militaire, s’il a été conservé, ou toute correspondance de l’époque. Les lettres envoyées du front, bien que souvent censurées, sont des mines d’or car elles comportent souvent un numéro de secteur postal — le fameux SP — ou le nom d’un lieutenant, d’un capitaine, ce qui permet de situer l’homme dans l’espace et le temps avec une précision étonnante. Ce secteur postal n’est pas qu’un chiffre ; c’est un code qui, une fois décrypté grâce aux tables de correspondance de l’époque, peut indiquer si l’unité se trouvait en Angleterre, en Normandie ou déjà engagée dans les combats d’Alsace.
Pour résumer, il faut interroger les derniers témoins directs, souvent les enfants ou les très vieux neveux du soldat, car un détail qui leur semble insignifiant — comme le fait que “Grand-Père parlait souvent d’un char nommé ‘Koufra’” ou d’un officier au caractère bien trempé — est capital pour un expert. Une photo montrant un insigne d’unité sur une manche, un calot avec une ancre de marine ou un marquage spécifique sur un véhicule — comme la célèbre croix de Lorraine inscrite dans un cercle ou la carte de France — confirme immédiatement l’appartenance à la division. Il ne faut pas oublier que la 2e DB était un assemblage hétéroclite. Certains hommes portaient encore des effets de l’armée d’Afrique, tandis que d’autres arboraient le battle-dress britannique ou l’uniforme américain M43. Chaque bouton, chaque patch d’épaule raconte une origine géographique et temporelle différente au sein de la France Libre. Sans cette base familiale, on risque de s’égarer dans la masse documentaire des 16 000 hommes qui composaient la division au moment de la Libération de Paris en août 1944.
Le point de départ : que sait-on déjà en famille ?
Camille Vasseur : On parle souvent, dans le jargon des généalogistes, de “l’État Signalétique et des Services” (ESS). Pourquoi ce document est-il considéré comme le socle inamovible de toute recherche généalogique militaire sérieuse ?
Marc Delvaux : C’est une excellente question, car sans l’ESS, on avance à l’aveugle dans un brouillard administratif dense. L’État Signalétique et des Services est, pour résumer, le CV militaire exhaustif de l’individu, de ses vingt ans jusqu’à sa radiation des cadres ou son décès. Concrètement, ce document consigne chaque étape de la vie du soldat sous les drapeaux : sa date d’incorporation, ses caractéristiques physiques (taille, couleur des yeux, forme du nez, parfois même des cicatrices ou des tatouages qui servaient d’identification), ses blessures, ses promotions successives, ses citations et, surtout, ses affectations exactes. Pour un homme de la 2e DB, l’ESS est indispensable car il permet de vérifier s’il a rejoint Leclerc dès le Cameroun en 1940, s’il a fait partie de la “Force L” en Libye lors de l’épopée du Fezzan, ou s’il a intégré la division plus tardivement, lors de sa formation au camp de Temara au Maroc en 1943.
Il est crucial de comprendre la structure de la 2e Division Blindée dès le départ pour interpréter correctement l’ESS. Cette unité n’était pas un bloc monolithique, mais un assemblage complexe de régiments de chars (comme le 501e RCC), d’infanterie portée (le célèbre Régiment de Marche du Tchad), d’artillerie, de génie et de services logistiques. Dans les faits, obtenir ce document demande de connaître le bureau de recrutement de l’ancêtre, généralement lié à son lieu de résidence à l’âge de 20 ans. Pour les soldats nés il y a plus de 120 ans, ces fiches sont désormais souvent numérisées sur les sites des archives départementales. Mais pour la génération de la Seconde Guerre mondiale, il faut s’adresser au Centre des Archives du Personnel Militaire (CAPM) situé à Pau. C’est le point de bascule de votre enquête : une fois que vous avez identifié le régiment exact — par exemple le 12e Régiment de Chasseurs d’Afrique ou le Régiment de Marche du Tchad — les portes des archives historiques s’ouvrent enfin. Sans l’ESS, vous n’avez que des suppositions basées sur des souvenirs flous ; avec lui, vous détenez des preuves administratives incontestables qui servent de fil d’Ariane pour la suite de votre périple mémoriel.
Les archives militaires françaises accessibles au public
Camille Vasseur : Au-delà des précieux documents familiaux et de l’ESS, quels sont les outils numériques mis à la disposition du grand public pour entamer ces recherches de manière autonome et gratuite, notamment pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer ?
Marc Delvaux : Le paysage de la recherche mémorielle a été totalement bouleversé par la numérisation massive de ces dix dernières années. Aujourd’hui, la plateforme Mémoire des Hommes, gérée par le ministère des Armées, est le premier réflexe à adopter. Concrètement, vous y trouverez des bases de données sur les militaires décédés au cours du conflit (mention “Mort pour la France”), mais aussi sur les médaillés de la Résistance, les déportés ou les engagés volontaires. Pour résumer, c’est le point d’entrée numérique le plus efficace pour vérifier l’existence d’un dossier de résistant ou d’un dossier de membre des Forces Françaises Libres (FFL). Un autre site essentiel, bien que plus spécifique, est celui de la Fondation Leclerc, qui s’efforce de recenser la totalité des effectifs de la division à travers des listes nominatives souvent enrichies de photos de groupe prises au Maroc ou en Angleterre.
Il ne faut surtout pas négliger l’action des associations mémorielles et des passionnés locaux qui accomplissent un travail de fourmi, souvent plus précis que les grandes bases nationales. Dans les faits, ces sites associatifs complètent souvent les lacunes des archives officielles, notamment pour les soldats qui n’ont pas fait de carrière longue après 1945 et dont les traces administratives sont plus ténues. On y trouve parfois des listes de prisonniers de guerre, des registres d’évasion ou des témoignages de compagnons d’armes qui citent nommément leurs camarades. La recherche numérique permet de dégrossir le travail, de valider des dates de naissance ou des lieux d’engagement, mais elle ne remplace jamais l’analyse fine des dossiers physiques. Il faut voir ces outils comme des boussoles : ils indiquent la direction, mais c’est à vous de parcourir le chemin. La numérisation a aussi permis de rendre accessible le “Grand Mémorial”, un portail qui regroupe les registres matricules de nombreux départements, facilitant la recherche pour les ancêtres nés à la fin du XIXe siècle ou au tout début du XXe.
Le Service historique de la Défense (SHD) : comment le consulter
Camille Vasseur : Le Service historique de la Défense, situé au Château de Vincennes, semble être le passage obligé, presque sacré. Est-ce un lieu accessible à n’importe quel citoyen curieux ou est-ce un sanctuaire réservé aux historiens professionnels et aux universitaires ?
Marc Delvaux : C’est une idée reçue extrêmement tenace, mais le SHD est parfaitement accessible à tout citoyen, à condition d’être rigoureux et patient dans sa démarche. Concrètement, n’importe qui peut se rendre sur le site internet du SHD, créer un compte lecteur et réserver une place en salle de lecture au Château de Vincennes ou dans l’un de ses pôles régionaux comme Caen (pour les dossiers de victimes de guerre) ou Châtellerault (pour l’armement). Pour résumer, le SHD conserve les dossiers individuels des officiers — qui sont souvent très fournis avec des rapports de notation annuels — mais aussi les dossiers de résistants et les archives collectives des unités. Dans les faits, si votre ancêtre était officier, vous pourrez consulter son dossier de carrière (série GR 1 P à 15 P), qui contient parfois des notes d’appréciation très personnelles de ses supérieurs, révélant son caractère, son courage ou ses difficultés sous le feu de l’ennemi.

Le véritable défi au SHD n’est pas l’accès physique, mais l’orientation intellectuelle dans les inventaires. Il faut savoir que les archives de la France Libre sont classées dans des séries spécifiques, distinctes de celles de l’armée de Vichy ou de l’armée de la Libération. Pour un chercheur amateur, je conseille de toujours préparer sa venue en consultant l’inventaire en ligne des dossiers individuels de la série GR 16 P — le fonds des FFL. Une journée à Vincennes se prépare au minimum huit jours à l’avance. Concrètement, vous devez cibler les cartons de la série “Journaux des Marches et Opérations” qui concernent le régiment de votre aïeul. C’est là que vous trouverez les ordres d’opérations originaux, les rapports de combat dactylographiés en urgence sur du papier de mauvaise qualité et parfois même des listes de dotation en matériel. C’est un lieu chargé d’une émotion palpable : tenir entre ses mains le rapport original d’un capitaine écrit sur le capot d’une Jeep en plein combat pour la libération d’Alençon ou d’Ecouché est une expérience que beaucoup de familles trouvent profondément bouleversante. On y découvre parfois des croquis de positions ennemies dessinés à la hâte au crayon de couleur, témoins directs de l’urgence des combats.
Les journaux de marche des régiments de la 2e DB
Camille Vasseur : Vous évoquiez à l’instant les rapports de combat. Les Journaux des Marches et Opérations (JMO) permettent-ils réellement de suivre un soldat individuel au jour le jour, ou reste-t-on au niveau de la stratégie globale des états-majors ?
Marc Delvaux : Pour résumer : oui et non, cela dépend du grade et du destin du soldat en question. Concrètement, le JMO est le journal de bord quotidien d’une unité (régiment, bataillon ou compagnie). Il relate les déplacements kilométriques, la météo souvent exécrable de l’hiver 44, les objectifs tactiques, les pertes subies et les renforts reçus. Si votre ancêtre était un simple soldat de deuxième classe, il y a peu de chances que son nom apparaisse à chaque page, sauf s’il a accompli un acte d’éclat mentionné explicitement par son chef de peloton ou s’il a malheureusement été blessé, tué ou porté disparu au cours d’un engagement. Cependant, le JMO est un outil exceptionnel pour reconstituer le contexte de vie. Dans les faits, si vous savez par son ESS que votre grand-père était au 12e Régiment de Cuirassiers, le JMO vous dira précisément où se trouvait son escadron le 24 août 1944, à quelle heure ils ont franchi la porte d’Orléans et quels étaient les obstacles antichars rencontrés.
C’est une lecture technique, parfois aride avec ses acronymes militaires — “RAS” pour rien à signaler, “PC avancé”, “point d’appui” — mais passionnante pour qui sait lire entre les lignes. On y découvre la réalité logistique brute : le manque criant de carburant qui immobilise les colonnes, les pannes mécaniques incessantes des Sherman sous la chaleur du mois d’août, l’épuisement des hommes qui ne dorment que quelques heures par nuit. Pour ceux qui veulent une approche plus visuelle, tactile et pédagogique de ces archives souvent froides, je recommande vivement de visiter le musée du général Leclerc situé au-dessus de la gare Montparnasse à Paris. Leurs expositions permanentes mettent souvent en parallèle ces documents administratifs austères avec des objets personnels, des uniformes et des témoignages sonores, ce qui aide à humaniser les données statistiques des journaux de marche. Pour résumer, le JMO donne le squelette chronologique de l’histoire, et c’est à vous, avec vos souvenirs familiaux et vos photos, de remettre de la chair et du sang autour de ces dates et de ces noms de villages libérés.
Les archives de l’Ordre de la Libération pour les Compagnons
Camille Vasseur : La 2e DB est indissociable de la figure du Compagnon de la Libération. En quoi les archives de cet Ordre diffèrent-elles des dossiers militaires classiques que l’on trouve à Pau ou à Vincennes, et que peuvent-elles apporter de plus à une famille ?
Marc Delvaux : C’est un monde à part, une aristocratie du courage et du sacrifice. L’Ordre de la Libération, créé par le général de Gaulle à Brazzaville en novembre 1940, ne compte que 1038 membres, dont une proportion très importante de cadres et de soldats de la 2e DB. Si votre ancêtre a eu l’immense honneur d’en faire partie, vous avez accès à une documentation d’une richesse inouïe et d’une précision rare. Concrètement, chaque Compagnon possède un dossier biographique extrêmement complet conservé à la chancellerie de l’Ordre, aux Invalides. Pour résumer, ces dossiers ne se contentent pas de lister des dates ; ils contiennent les rapports de citation originaux, souvent signés de la main même de Leclerc ou de de Gaulle, et des témoignages de camarades de combat recueillis après la guerre pour justifier l’attribution de la croix.
Dans les faits, consulter le dossier d’un Ordre de la Libération et ses Compagnons permet de comprendre non seulement le parcours militaire tactique, mais aussi l’engagement moral et politique de l’homme. La 2e DB était l’unité la plus représentée au sein de l’Ordre, avec des figures légendaires comme Massu, Putz ou Langlade, mais aussi des soldats plus modestes, des sous-officiers ou des “première classe” dont l’héroïsme a été reconnu. Ces archives sont d’autant plus précieuses qu’elles incluent souvent des photographies d’époque, des portraits en uniforme et des correspondances émouvantes avec la chancellerie de l’Ordre après 1945, où l’on voit ces héros redevenus civils tenter de reconstruire leur vie. C’est une source d’information qui dépasse largement le cadre strictement administratif pour toucher à l’héroïsme pur, à la philosophie de l’engagement et parfois même à la tragédie, car beaucoup furent nommés Compagnons à titre posthume.

Cas particulier : ancêtre de la Nueve ou volontaire étranger
Camille Vasseur : On oublie parfois que la 2e DB était une division incroyablement cosmopolite, un véritable melting-pot de nationalités. Comment s’y prendre si l’ancêtre recherché n’était pas français de souche, mais un républicain espagnol ou un engagé volontaire étranger ?
Marc Delvaux : C’est l’un des aspects les plus fascinants et les plus complexes de cette unité, qui reflète l’universalité du combat pour la liberté. Pour résumer, la division comptait une proportion notable d’engagés étrangers parmi ses effectifs, avec une forte présence de républicains espagnols, notamment au sein de la célèbre 9e compagnie du Régiment de Marche du Tchad. Concrètement, si vous cherchez un membre de la Nueve, compagnie espagnole de la 2e DB, les recherches peuvent s’avérer ardues mais passionnantes. Beaucoup de ces hommes, craignant des représailles terribles contre leurs familles restées en Espagne sous le joug de Franco, utilisaient des noms d’emprunt ou des identités francisées lors de leur engagement à la Légion Étrangère ou au sein des FFL en Afrique du Nord. Certains changeaient une lettre à leur patronyme, d’autres adoptaient un prénom français pour mieux se fondre dans la masse.
Dans les faits, il faut croiser les archives françaises classiques avec les registres d’engagement volontaire pour la durée de la guerre (EVDG). Pour résumer, les dossiers de ces soldats sont souvent regroupés dans les archives de la France Libre au SHD, sous la série GR 16 P, mais il faut parfois chercher sous plusieurs variantes orthographiques du nom ou via le numéro de matricule si vous l’avez. Il est aussi extrêmement utile de consulter les archives de l’Office National des Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG), car beaucoup de ces volontaires ont sollicité la nationalité française ou des pensions d’invalidité après 1945. Leur parcours est souvent celui de l’exil, de la Retirada en 1939, des camps d’internement du sud de la France et de la lutte ininterrompue contre le fascisme, ce qui donne une dimension politique et idéologique très forte à la recherche généalogique. Ces hommes n’étaient pas là par obligation légale, mais par conviction absolue, ce qui rend la découverte de leur dossier d’autant plus symbolique pour leurs descendants.
Les erreurs fréquentes des débutants en généalogie militaire
Camille Vasseur : Marc, avec vos deux décennies d’expérience de terrain, quels sont les pièges classiques, les “fausses pistes” dans lesquelles tombent presque systématiquement les familles lorsqu’elles commencent leurs investigations sur la 2e DB ?
Marc Delvaux : L’erreur la plus fréquente, concrètement, c’est la confusion entre les unités qui opéraient sur les mêmes théâtres d’opérations. Pour résumer, beaucoup de familles pensent que leur ancêtre était dans la 2e DB simplement parce qu’il a “libéré Paris” ou qu’il a combattu en Alsace. Or, de nombreuses unités de la 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny ou même des groupes de FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) ont participé à ces opérations majeures. Dans les faits, il faut être d’une vigilance absolue sur la terminologie. Un “tankiste” n’est pas forcément un “cuirassier” ou un “chasseur d’Afrique” de la division Leclerc ; il peut appartenir à la 1re Division Blindée ou à une unité indépendante rattachée à un corps d’armée américain.
Voici un tableau récapitulatif des confusions courantes que je rencontre quasi quotidiennement dans mon cabinet :
| Confusion fréquente | Réalité historique | Impact sur la recherche |
|---|---|---|
| 2e DB vs 1re DFL | La 1re DFL est l’autre grande division de la France Libre, passée par l’Italie. | Les archives sont classées dans des cartons totalement différents au SHD. |
| Libération de Paris | Des milliers de résistants FFI ont combattu aux côtés de Leclerc. | Le statut de “militaire” donne accès à l’ESS, celui de “résistant” à un dossier GR 16 P. |
| Uniforme américain | La 2e DB était intégralement équipée et habillée par les USA. | Ne jamais conclure que l’ancêtre était dans l’armée américaine (US Army) à cause d’une photo. |
| Grades | Les grades FFL n’étaient pas toujours reconnus par l’armée régulière. | Toujours chercher sous le grade “homologué” final lors de la démobilisation en 1945. |
Une autre erreur majeure, pour résumer, est de croire que la totalité des archives est disponible en un clic sur Internet. Dans les faits, seule une minorité des dossiers individuels est numérisée à ce jour. Le déplacement physique en archives, la manipulation des liasses de papier jauni, l’odeur du vieux papier et l’échange avec les archivistes restent des étapes indispensables pour une recherche sérieuse et exhaustive. Enfin, méfiez-vous des homonymes ! Avec des noms fréquents comme “Martin” ou “Durand”, il est impératif de croiser systématiquement avec la date et le lieu de naissance précis pour ne pas retracer, avec beaucoup d’émotion mais à tort, le parcours d’un parfait inconnu.
Erreur fréquente : Confondre “avoir combattu près de la 2e DB” avec “avoir servi dans la 2e DB”. Toujours vérifier l’unité exacte inscrite sur l’État Signalétique et des Services avant de conclure à une filiation avec la division Leclerc.
La vie après la guerre : les amicales et les associations
Camille Vasseur : Une recherche ne s’arrête pas forcément au 8 mai 1945. Comment retracer la vie de vétéran de l’ancêtre et son implication dans la transmission de la mémoire au cours des Trente Glorieuses ?
Marc Delvaux : C’est un point crucial que l’on oublie souvent dans la précipitation de la recherche opérationnelle. La 2e DB était une famille qui ne s’est jamais vraiment dissoute après la victoire. Concrètement, dès la fin des hostilités, de nombreuses amicales de régiments se sont créées pour maintenir le lien entre les survivants, organiser des commémorations et surtout venir en aide aux veuves et aux orphelins de la division. Pour résumer, consulter les archives de ces associations est une mine d’informations inestimable pour la période 1945-2000. On y trouve des bulletins associatifs où les anciens racontaient leurs souvenirs avec plus de liberté, d’humour et de détails personnels que dans les rapports officiels et guindés de 1944.
Dans les faits, ces réseaux de vétérans ont laissé des traces partout en France, sous forme de stèles, de noms de rues ou de monuments. Pour les chercheurs qui s’intéressent particulièrement à l’Est de la France, où les combats de la 2e DB furent particulièrement féroces et meurtriers — pensez à la libération de Strasbourg ou à la gigantesque bataille de chars de Dompaire — se rapprocher d’organismes comme le Souvenir Français du Doubs est une démarche très fructueuse. Ces structures locales possèdent souvent des photographies inédites de banquets d’anciens combattants, des listes d’adhérents précises et des détails sur les obsèques militaires, ce qui permet de clore le parcours de l’homme de manière digne. La généalogie, c’est aussi